Les décalages de la production par la PV (et par l’éolienne) et la consommation d’électricité en journée en rapport avec les capacités adéquates des batteries
L’exercice
ci-après vise à montrer que les subventions actuelles accordées aux batteries
domestiques pourraient être insuffisantes eu regard aux besoins réels. Tout
dépend évidemment de l’orientation stratégique que le gouvernement souhaite
privilégier dans ce domaine.
Si l’objectif
dépasse la simple optimisation individuelle pour s’inscrire dans une logique
plus systémique, des batteries de capacité plus substantielle pourraient
également contribuer, dans certains cas de figures, à une meilleure gestion des
flux électriques, à la réduction des pointes locales et, indirectement, à une
moindre dépendance aux importations d’électricité.
Toutefois, cet
effet dépendrait largement du degré d’intégration des batteries dans une
gestion intelligente et coordonnée du réseau.
Si
l’interprétation des textes en vigueur est correcte, la capacité
subventionnable d’une batterie serait plafonnée à 9 kWh. Dans une configuration
photovoltaïque-batterie destinée à un ménage de quatre personnes disposant
d’équipements énergivores (PAC, véhicule hybride ou électrique, etc.), une
telle capacité pourrait s’avérer relativement limitée au regard des objectifs
d’autonomie et de sécurité d’approvisionnement.
Lorsque le foyer
est en outre doté d’une pompe à chaleur, ce plafond de 9 kWh semble
particulièrement contraignant eu égard aux besoins journaliers et aux décalages
entre production et consommation.
Les capacités
nécessaires des batteries domestiques dépendent de plusieurs facteurs :
- Les habitudes de consommation du foyer et la nature des appareils électriques utilisés ;
- La puissance installée et le rendement de l’installation photovoltaïque ;
- L’intensité du rayonnement solaire, qui varie selon l’heure de la journée et les saisons ;
- Les décalages temporels entre les moments de production photovoltaïque et les périodes de consommation ;
- La capacité de la batterie;
- Les objectifs assignés à l’installation (optimisation économique, autonomie accrue, sécurité d’approvisionnement, etc.) ;
- D’autres paramètres techniques ou contextuels, tels que l’évolution des prix de l’électricité, la tarification dynamique ou les contraintes réglementaires.
La consommation retenue
pour les raisonnements ci-après correspond à celle d’un foyer « standard », équipé de l’électroménager
habituel, d’une pompe à chaleur dédiée à la production d’eau chaude sanitaire,
d’un chauffage au mazout et d’un véhicule hybride rechargeable (batterie de 11
kWh). Les chiffres réels présentés ci-après découlent de cette configuration.
Il n’y a donc pas de pompe à chaleur destinée au chauffage de l’habitation,
mais uniquement à la production d’eau chaude sanitaire.
La configuration
d’une installation dépend essentiellement, en premier lieu, des contraintes
physiques (emplacements et surfaces disponibles), puis des objectifs personnels
poursuivis.
Analysons à
présent trois journées à partir de données réelles afin de mettre en évidence
certains enjeux, notamment en ce qui concerne la capacité de la batterie (11
kWh) et une installation photovoltaïque d’une puissance de 12 kWc.
Le 7 février,
mauvaise production PV
On observe un décalage temporel marqué : une production élevée intervient lors d’une phase de faible consommation, tandis qu’une consommation plus importante — liée notamment au chargement du véhicule — se manifeste lorsque la production photovoltaïque est nulle ou très faible.
La batterie était cependant suffisamment chargée pour soutenir la consommation (entre 18h00 et 21h00).Il apparaît ainsi
que la production photovoltaïque a permis, entre 10h00 et 17h00, de charger la
batterie et d’injecter un surplus dans le réseau. Néanmoins, le décalage entre
production et consommation a conduit à une situation paradoxale : malgré une exportation
de 3,46 kWh, 7,23 kWh ont dû être importés ultérieurement pour satisfaire la
demande.
Le 1er
mars :
On observe que la production photovoltaïque couvre largement les besoins de la maison jusqu’à 18h00. À partir de cette heure, la situation change fondamentalement. Entre 18h00 et 21h00, la consommation — relativement élevée en raison du chargement du véhicule — a été assurée par la batterie. Celle-ci s’étant déchargée jusqu’au seuil minimal préservant une réserve en cas de blackout (3 kWh), la consommation du reste de la journée a dû être couverte par l’électricité importée du réseau. Dans ces conditions, un apport éventuel d’une éolienne aurait été bienvenu.
Cependant, entre 14h00 et 15h00, on observe une baisse importante de la production solaire, et le système a dû recourir à la batterie pour couvrir un petit pic de consommation.
On observe que la
batterie de 12 kWh était déjà chargée à 100 % vers midi et que la production
excédentaire à ce moment a dû être exportée vers le réseau.
Le problème
principal ne réside pas tant dans la production totale que dans le décalage
temporel entre production et consommation. La production photovoltaïque est
concentrée sur quelques heures, tandis que la consommation demeure
significative en dehors de la fenêtre solaire (matin, soirée, nuit).
La batterie
s’avère trop limitée pour lisser efficacement ce décalage. La très faible
consommation directe (1,73 kWh) confirme que la demande est majoritairement
asynchrone par rapport à la production solaire.
La batterie a
certes joué son rôle de tampon dans une certaine mesure, mais de manière
insuffisante : elle n’a pas pu absorber l’ensemble des surplus ponctuels ni
couvrir pleinement les besoins nocturnes. Sa capacité réellement disponible
(environ 9 kWh si 3 kWh sont réservés) constitue ici une limite structurelle.
Le taux
d’importation du réseau (56,41 %) révèle une dépendance structurelle,
particulièrement en période hivernale. Il ne s’agit pas d’une défaillance
technique, mais d’une contrainte physique liée à la faible irradiance et à la
brièveté des journées.
Le système
apparaît ainsi énergétiquement surdimensionné en journée, mais sous-dimensionné
en capacité de stockage. Malgré une production largement excédentaire, 7,23 kWh
ont dû être importés, tandis que 19,09 kWh ont été exportés. Cela suggère que
la batterie constitue le véritable goulet d’étranglement du système.
Avec une capacité
portée à 30 kWh, dont 8 kWh réservés, environ 22 kWh seraient réellement
disponibles pour gérer les décalages journaliers entre production et
consommation, ce qui permettrait vraisemblablement d’en absorber une grande
partie.
Il convient
toutefois de noter que le système actuel se situe déjà relativement proche
d’une autonomie journalière en période intermédiaire, à condition que la
consommation reste modérée et que le véhicule soit chargé pendant les heures de
production photovoltaïque.
Le 2 mars, l’ensoleillement a été relativement important, tandis que la consommation est restée modérée, la voiture hybride rechargeable n’ayant pas été rechargée ce jour-là
La production dépasse largement la consommation, et le surplus a donc dû être valorisé autrement. Le graphique ci-après montre que l’électricité produite par l’installation photovoltaïque a d’abord été utilisée pour la consommation directe de la maison. Une partie du surplus a ensuite servi à charger la batterie jusqu’à 100 %. Le surplus résiduel a finalement été injecté dans le réseau, la batterie de 12 kWh ne disposant pas d’une capacité suffisante pour l’absorber. D’où l’intérêt d’augmenter la capacité de stockage, ce qui permettrait notamment de recharger également le véhicule pendant les périodes de forte production.
Pour couvrir les
besoins, il a fallu recourir au réseau entre 00h00 et 08h00, la batterie ayant
été vidée la veille. Durant cette plage horaire, un apport éventuel d’une
éolienne aurait permis d’atteindre 100 % d’autarcie.
De 08h00 à 18h00, la consommation a été couverte par la production
photovoltaïque. À partir de 18h00, elle a été entièrement prise en charge par
la batterie.
L’autarcie s’est
élevée ce jour-là à 83 % et aurait atteint 100 % si la batterie n’avait pas été
vide entre 00h00 et 08h00.
Disons d’emblée
que l’analyse sommaire de ces trois journées aux profils très différents m’a
convaincu qu’une batterie domestique d’une capacité d’environ 30 kWh — dont 8
kWh réservés pour pallier d’éventuels blackouts — serait plus adaptée à ma
situation
Ce que révèle
structurellement cette analyse :
|
Niveau |
Problème |
Solution |
|
Journée |
Décalage horaire |
Batterie plus grande |
|
Saison |
Manque hivernal |
Éolien / stockage saisonnier |
|
Structurel |
Pic de demande
(PAC, VE) |
Pilotage intelligent |
Le système
optimal ne se réduit pas à la combinaison « photovoltaïque + batterie », mais
s’inscrit davantage dans une logique « photovoltaïque + batterie + source
complémentaire hivernale ». Une installation photovoltaïque seule ne permet pas
de répondre à la contrainte structurelle de la saison froide.
L’autonomie énergétique ne se mesure pas uniquement en bilan annuel, mais relève d’une dynamique temporelle multi-échelle. On peut en distinguer trois niveaux :
- l’échelle horaire (rôle de la batterie),
- l’échelle journalière (dimensionnement adéquat de l’installation),
- l’échelle saisonnière (apport complémentaire du vent ou, à plus long terme, de l’hydrogène).
Un premier
objectif peut être d’ordre économique. Toutefois, l’intérêt strictement financier n’est pas évident. En ce qui
concerne l’installation photovoltaïque, le levier principal réside dans
l’économie réalisée sur les kWh autoconsommés ainsi que dans le revenu
provenant des kWh injectés dans le réseau. Prenons comme base les paramètres
suivants :
- Installation PV : 12 kWc
- Production annuelle : ~11 000 kWh
- Prix électricité achat : ~0,25–0,30 €/kWh
- Prix injection : ~0,12–0,16 €/kWh
- Coût PV installée : 1 400–1 700 €/kWc
- → Total PV ≈ 17 000–20 000 €
- Batterie 12 kWh : 9 000–12 000 €
- Batterie 30 kWh : 18 000–25 000
Hypothèses économiques :
- Économie liée à l’autoconsommation : 3 850 kWh × 0,25 € = 962,50 €
- Revenu lié à l’injection : 7 150 kWh × 0,13 € = 929,50 €
- Gain total annuel brut : 962,50 € + 929,50 € = 1 892 €
En supposant un
coût d’installation de 18 000 €, le temps d’amortissement (ordre de grandeur,
sans actualisation ni frais d’entretien) serait :
18 000 € / 1 892 € ≈ 9,5 ans.
Avec une aide
publique de 15 000 €, le montant réellement à amortir serait réduit à 3 000 €,
ce qui ramènerait le temps d’amortissement à environ 1,6 an.
L’amortissement de la batterie repose essentiellement sur l’augmentation du taux d’autoconsommation. Plus celui-ci augmente, moins de kWh sont injectés dans le réseau et davantage d’électricité est valorisée au prix plein du kWh consommé.
Supposons que le
taux d’autoconsommation passe de 35 % à 65 %. Sur une production annuelle de 11
000 kWh, l’autoconsommation passerait ainsi de 3 850 kWh à 7 150 kWh, soit 3
300 kWh supplémentaires autoconsommés grâce à la batterie.
- Gain brut lié à l’autoconsommation supplémentaire : 3 300 kWh × 0,25 € = 825 € par an
- Toutefois, cette augmentation se traduit par une baisse équivalente de l’injection dans le réseau. L’injection passerait de 7 150 kWh à 3 850 kWh, soit une diminution de 3 300 kWh.
- Perte de revenu d’injection : 3 300 kWh × 0,13 € = 429 € par an
- Gain net annuel lié à la batterie : 825 € – 429 € = 396 € par an
- Pour un coût de batterie estimé à 12 000 €, le temps d’amortissement serait donc : 12 000 € / 396 € ≈ 30 ans.
- Si le prix de l’électricité augmentait à 0,40 € par kWh (en supposant que le tarif d’injection reste inchangé), le gain brut deviendrait : 3 300 × 0,40 € = 1 320 € et le gain net s’élèverait à : 1 320 € – 429 € = 891 € par an
- L’amortissement serait alors de : 12 000 € / 891 € ≈ 13 à 14 ans.
Toutefois, la
rentabilité dépendra fortement de l’évolution des prix de l’électricité, des
tarifs d’injection et, surtout, de la durée de vie réelle de la batterie.
Si la subvention
de la batterie s’élevait à 2 250 €, le montant à amortir serait réduit à 9 750
€. Dans ce cas, l’amortissement s’effectuerait en environ 11 ans (9 750 € / 891
€ ≈ 10,9 ans).
Les avantages
d’une batterie doivent donc être recherchés sur d’autres plans, notamment celui de la sécurité
énergétique. Celle-ci a un coût et ne s’amortit pas nécessairement au sens
strict : une batterie de 12 kWh représente un investissement unique d’environ
12 000 €, soit l’équivalent de deux à trois vacances pour une famille de quatre
personnes. Cela reste néanmoins envisageable si l’objectif prioritaire est la
sécurité énergétique.
Même si la
rentabilité pure présente des limites, un tel système permet d’acquérir une
moindre dépendance vis-à-vis des fluctuations des prix de l’électricité. Si ces
prix augmentaient fortement, l’ensemble des calculs précédents serait modifié.
La batterie constitue ainsi une forme de protection contre la hausse des prix.
L’installation
photovoltaïque agit comme une « couverture » contre la volatilité des prix de
marché, tandis que la batterie réduit la dépendance aux heures les plus
coûteuses et permet, le cas échéant, de tirer parti d’une tarification
dynamique.
À titre de
comparaison, le prix du kWh s’élève actuellement à environ 0,4034 €/kWh en
Allemagne. Il serait intéressant d’effectuer les mêmes calculs dans ce contexte
pour mesurer l’impact de prix plus élevés.
Un deuxième
objectif consiste à se prémunir, dans une certaine mesure, contre les
conséquences d’un blackout. La batterie n’est alors plus uniquement un
instrument financier, mais contribue à la sécurité d’approvisionnement. Elle
permet d’alimenter les circuits essentiels de la maison — réfrigérateur,
congélateur, chauffage, etc. — en cas de défaillance du réseau. On ne demande
pas à une assurance incendie d’être rentable lorsqu’il n’y a pas d’incendie.
La batterie peut
ainsi accroître l’autonomie journalière. En revanche, l’autonomie saisonnière
demeure hors de portée avec une batterie seule au Luxembourg.
L’éolienne
peut accroître la rentabilité d’une batterie si sa production intervient principalement lorsque
l’ensoleillement est faible, c’est-à-dire surtout en hiver ou en dehors des
heures solaires. Dans ce cas, la production éolienne génère des surplus
supplémentaires susceptibles d’être stockés, ce qui augmente le nombre de
cycles utiles de la batterie.
Si la batterie «
travaille » plus fréquemment grâce à une source d’électricité complémentaire,
son coût fixe se répartit sur un volume plus important de kWh effectivement
stockés puis restitués. Sa rentabilité relative peut ainsi s’améliorer.
Cette
amélioration dépend toutefois de plusieurs conditions : la production éolienne
doit être réellement complémentaire à la production photovoltaïque ; la
capacité de stockage doit être suffisante pour absorber les surplus ; enfin, le
différentiel entre le prix d’achat de l’électricité et le tarif d’injection
doit rester significatif.
Conclusion :
Les
considérations relatives à une batterie dans un triptyque « PV – (éolienne) –
batterie » dépendent de nombreux facteurs. Il convient, en premier lieu, de
clarifier les objectifs d’un tel système avant d’en définir la configuration.
Le gain financier ne constitue pas — et ne peut constituer — l’objectif premier
si l’on vise prioritairement l’autoconsommation, pour les raisons évoquées
précédemment.
Une autre option
consiste à injecter la totalité de la production dans le réseau à un tarif
d’injection garanti, ce qui réduit l’installation à une centrale photovoltaïque
seule, sans batterie ni équipements de stockage. Après amortissement,
l’installation génère alors un bénéfice annuel pouvant s’élever à plusieurs
milliers d’euros.
À titre d’ordre
de grandeur, une installation photovoltaïque de 12 kWc produisant environ 12
000 à 13 000 kWh par an pourrait générer un revenu annuel d’environ 1 600 €,
selon le tarif d’injection en vigueur.
Une installation
de 30 kWc (implantée en pleine nature) pourrait produire environ 31 000 kWh par
an et générer un revenu de l’ordre de 4 000 €. Le coût d’investissement serait
d’environ 55 000 € hors aides publiques, lesquelles peuvent être substantielles
et modifier sensiblement la rentabilité du projet.
Dans le dernier cas de figure, la logique change :
on passe d’une logique d’autonomie à une logique quasi-investissement
productif. Ce modèle dépend fortement de la stabilité du tarif d’injection,
du cadre réglementaire et de la capacité du réseau à absorber la production. Il
n’apporte pas de sécurité énergétique individuelle en cas de blackout.
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