Lettre à des ministères : cascade énergétique et éoliennes domestiques
Mesdames,
Messieurs,
J’ai lu avec un
grand intérêt votre document stratégique sur les batteries et j’adhère
pleinement aux perspectives énergétiques qu’il ouvre. Le Luxembourg est le seul
pays européen disposant d’une telle vision.
Je suis en train
de mettre en œuvre une étape de votre concept, à savoir l’installation d’un
système HEMS avec une batterie de 30 kWh, dimensionnée sur la base des données
de production de mon installation photovoltaïque (en service depuis 22 ans) et
de l’analyse de mes consommations horaires, journalières, mensuelles,
saisonnières et annuelles. Mon objectif, à ce stade, n’est pas d’ordre
économique (je suis trop âgé pour amortir un tel investissement), mais relève
essentiellement d’une recherche de sécurité énergétique — dans des limites
évidemment accessibles à un particulier — ainsi que d’une certaine autarcie
afin d’échapper aux fluctuations des marchés de l’énergie. Si votre document
constitue indéniablement une boîte à outils précieuse pour de nombreux aspects
de la transition énergétique, il pourrait être éventuellement intéressant d’y
intégrer d’autres paramètres complémentaires
Le point faible
des énergies renouvelables réside évidemment dans les aléas de production liés
à la météo et, plus largement, aux variations saisonnières. Le photovoltaïque
ne suffit pas à pallier ces effets et il conviendrait, à mon avis, de
promouvoir, au niveau des particuliers, les éoliennes domestiques — point que
je développerai par la suite. L’Agence du climat évoque cet aspect, mais avec
un enthousiasme mitigé. Cette source d’énergie n’est pas encore réellement
présente dans les discussions et risque de susciter des remous si l’idée venait
à se généraliser. Les avis seront partagés, comme pour les grandes éoliennes,
et l’on verra surgir les mêmes émotions, réactions, préjugés et partis pris
inébranlables. J’en ai fait moi-même l’expérience : ma commune prévoit de
m’interdire l’installation d’une éolienne domestique verticale hélicoïdale,
alors que ni le règlement des bâtisses ni la partie écrite du PAG ne
mentionnent au début de la démarche de telles installations. J’ai soulevé un
lièvre à mes dépens. D’une manière générale, des conflits risquent certainement
de surgir dans ce contexte et il me paraît opportun de prendre les devants en
réglementant, au niveau national, le secteur, probablement émergent, des
éoliennes domestiques. L’intégration des éoliennes domestiques dans un concept
énergétique élargi gagnerait à inclure également l’électrolyse et la pile à
combustible. C’est dans cette optique que je me permets de proposer, dans une
approche systémique, un modèle énergétique en cascade, fondé
exclusivement sur des éléments déjà disponibles.
Vos concepts
stratégiques relatifs aux batteries pourraient ainsi ouvrir la voie à une
politique d’électrolyse décentralisée, alimentant des batteries communautaires
et contribuant, ce faisant, à stabiliser le réseau tout en réduisant sa
vulnérabilité face aux blackouts. Loin d’être une utopie, de telles
configurations existent déjà depuis plusieurs années dans certaines régions du
monde.
Voici quelques
exemples de telles installations :
D’autres
exemples :
·
Orkney, Écosse (Surf ’n’ Turf &
EMEC, île d’Eday) – Électrolyseur ~500 kW alimenté par éolien communautaire et
énergie marémotrice ; l’hydrogène sert à l’électricité, à la chaleur et à la
mobilité locales. Projet explicitement « community-led ». emec.org.uksurfnturf.org.ukOrkney.com
·
Levenmouth, Fife (Écosse) – Micro-réseau
« Hydrogen Office / Levenmouth Community Energy Project » : production locale
d’H₂ à partir d’éolien/PV pour alimenter bâtiments et flottes locales. Energy Institute
·
Kaisersesch, Allemagne (SmartQuart) –
Quartier énergétique pilote : électrolyse (Elogen) pour produire de l’H₂ vert,
stockage et usages locaux (chaleur, industrie, mobilité) au sein d’un
micro-réseau hydrogène. SmartQuartElogenviessmann-climatesolutions.com
·
Dunkerque, France (GRHYD) –
Démonstrateur « power-to-gas » : l’électrolyse produit de l’H₂ injecté dans le
réseau de gaz d’un quartier résidentiel (chauffage/eau chaude), avec
gouvernance largement publique/industrielle locale. https://www.engie.com/en/journalists/press-releases/grhyd-inaugurate-frances-first-power-to-gas-demonstrator?utm_source=chatgpt.com
·
Denham, Australie-Occidentale –
Micro-réseau communautaire : 704 kW solaire, 348 kW d’électrolyse et pile à
combustible 100 kW pour substituer le diesel d’un bourg isolé (en exploitation
depuis févr. 2024). CSIRO ResearchWestern Australian Governmenthorizonpower.com.au
·
Utsira, Norvège (historique, mais
emblématique du modèle insulaire) – Île alimentée par éolien + électrolyseur
(~10 Nm³/h) avec stockage H₂ et pile à combustible pour l’autonomie locale. equinor.comScienceDirectnewenergysystems.no
ll faudrait
également souligner qu’il existe aussi déjà, à l’heure actuelle, des
électrolyseurs domestiques permettant aux particuliers de pallier les limites
des batteries. Cependant, ceux-ci risquent encore de se heurter aussi à des
refus de la part d’édiles communaux rétrogrades, qui n’ont pas compris
l’importance de la transition énergétique, défi majeur de notre époque.
Dans ce sens, je
me permets d’attirer l’attention sur les plus-values possibles du modèle
conceptuel de gestion énergétique en cascade déjà évoqué (voir ci-après).
Celui-ci présente tout d’abord un intérêt pour les particuliers ou les
communautés de particuliers (voisinage, communauté locale, quartier), tout en
offrant également des avantages à des collectivités plus larges, voire à
l’ensemble du réseau électrique national. Les objectifs du particulier
sont, bien entendu, les suivants :
·
Disposer
d’une sécurité d’approvisionnement en électricité, notamment en cas de
blackouts plus ou moins longs et étendus. Cela implique également de pouvoir
compter sur un stockage personnel de réserves électriques pour plusieurs jours
(en réduisant la consommation au strict minimum), tout en espérant que le
réseau soit rétabli dans des délais raisonnables et que la production
d’électricité issue des énergies renouvelables puisse apporter sa contribution
durant le blackout.
·
Disposer
d’une électricité la moins coûteuse possible grâce à l’autoproduction tout en
réduisant au maximum la dépendance aux réseaux nationaux qui fixent leurs prix
en fonction des conditions du marché.
Les fournisseurs commerciaux
d’électricité ont pour objectif de vendre leur production au meilleur prix du
marché, tout en veillant à stabiliser le réseau en lissant les pointes de
consommation et de production (notamment renouvelable) afin d’éviter toute
déstabilisation pouvant mener, entre autres, à des blackouts. Toute la
complexité de la gestion d’un réseau national réside dans l’intégration des
volumes d’énergie renouvelable et importée, en fonction de l’offre et de la
demande. Les fournisseurs réalisent leurs bénéfices en achetant l’énergie
renouvelable (notamment produite par les particuliers) à un prix faible, puis
en revendant l’électricité du réseau aux consommateurs à un tarif pouvant
atteindre jusqu’à dix fois ce prix d’achat. Toutefois, plus les particuliers
produisent leur propre électricité, moins les gouvernements doivent mobiliser
de ressources pour plafonner les prix de l’électricité et lutter contre la pauvreté
énergétique.
Cependant, il
n’est pas exclu que la présence de plusieurs fournisseurs d’électricité au
Luxembourg introduise des risques supplémentaires pour la stabilité du réseau
national, comparativement à un scénario avec un fournisseur unique. Chaque
acteur disposant de ses propres stratégies d’approvisionnement (négociations
sur les marchés de gros, contrats avec des producteurs, etc.), une défaillance
ou une rupture chez l’un d’entre eux (ex. : défaut de paiement, problème de
livraison) peut générer des déséquilibres ponctuels dans l’approvisionnement.
De plus, la
multiplication des acteurs complexifie la coordination lors de situations
critiques (pics de demande, pannes, etc.). Cela peut entraîner des retards ou
des divergences dans la mise en œuvre des mesures nécessaires (rééquilibrage,
communication, dispositifs de secours). L’arrivée de nouveaux fournisseurs peut
également provoquer des variations soudaines dans les flux d’électricité
(demandes imprévues, modifications de contrats de gros), tandis que le retrait
d’un acteur majeur peut laisser un vide difficile à combler rapidement.
Creos, en tant
que principal gestionnaire du réseau, assure toutefois une séparation
fonctionnelle et juridique stricte vis-à-vis des fournisseurs, conformément à
la directive européenne 2009/72/CE. Cette organisation garantit qu’en cas de
défaillance d’un fournisseur, le réseau reste opérationnel et stable. Par
ailleurs, l’Institut Luxembourgeois de Régulation (ILR) supervise le marché,
contrôle les pratiques des fournisseurs et met à disposition des outils tels
que Calculix.lu, un comparateur de prix accessible aux consommateurs.
Ces instruments favorisent la transparence et une concurrence saine.
Face à ces
risques, probablement limités, l’autoproduction et l’autoconsommation
constituent une sécurité supplémentaire. C’est une raison de plus pour
encourager leur développement, de même que la mise en place de capacités de
stockage adaptées.
À l’échelle
nationale, le développement d’une production et d’une gestion décentralisées de
l’électricité renouvelable constitue un choix stratégique, justifié par les
raisons suivantes
Elle s’inscrit
d’abord dans un contexte où la consommation d’électricité est appelée à croître
fortement, pour les raisons suivantes : »
·
Le
transport passant à l’électrique (voiture, bus, camions, trains et autres).
·
L’électrolyse
pour produire de l’hydrogène.
·
Pompes
à chaleur.
·
L’acteur
« Industrie » en substituant les procédés thermiques fossiles par des
procédés électriques.
·
L’électronique
personnelle et la domotique.
·
Chauffage
et climatisation électrique.
·
Mise
en œuvre de plus en plus de data server.
·
La
généralisation de l’intelligence artificielle, des blockchains et des
technologies de calcul intensifs.
·
Croissance
de la population : plus d’habitants = plus d’appareils, d’éclairage, de
transport, de chauffage/climatisation et autres facteurs.
·
Concentration
urbaine : plus d’infrastructures collectives électrifiées.
·
Allongement
de la durée de vie : plus de besoins liés à la santé (appareils médicaux,
assistance à domicile).
·
Télétravail
et activités à domicile : plus d’ordinateurs, d’écrans, de chauffage/climatisation
résidentielle en journée.
·
Confort
accru : climatisation dans des zones où elle n’était pas généralisée,
électroménager plus nombreux et énergivore.
·
Divertissements
numériques : streaming vidéo 4K/8K, réalité virtuelle, jeux en ligne et autres.
·
Augmentation
du stockage énergétique (batteries domestiques, industrielles, véhicules) qui
nécessite des cycles de charge/décharge et une énergie grise considérable pour
la production des installations.
·
Agriculture
et alimentation : serres chauffées/éclairées, aquaculture sous contrôle
électrique, robotisation agricole.
·
Santé
et biotechnologies : laboratoires, équipements médicaux, réfrigération
spécialisée.
·
Fabrication
additive (impression 3D) : production décentralisée mais énergivore.
·
Autres ?
Le Luxembourg ne
va pas échapper à ces évolutions, mais est un petit pays sans ressources
énergétiques notables, sauf pour les renouvelables et seulement dans une
certaine mesure et encore à une échelle négligeable. Or, selon des statistiques
internationales, la part des importations dans la consommation totale d’énergie
du Luxembourg s’établi à quelques 95 %. La part de la production nationale dans
l’énergie primaire est de quelques 4 – 5 %. La part de l’électricité consommée
importé se situe à quelques 70 %.
Or certains
blackouts récents au
Luxembourg (Bettembourg, Frisange, Hellange et Peppange) ainsi que les cas de
l’Espagne et du Portugal illustrent bien l’utilité d’une production et
distribution décentralisée de l’électricité dans des îlots pouvant se couper du
réseau national en cas de blackout généralisé.
Les blackouts peuvent avoir de multiples raisons :Manque de capacité de production : demande plus élevée que l’offre disponible (ex. vague de froid, canicule).
· Pannes techniques dans les centrales : défaillance d’une turbine, problème de chaudière, incident dans une centrale nucléaire, panne dans un parc éolien.· Arrêts imprévus : maintenance urgente ou avarie.
· Pénurie de carburants : manque de gaz, charbon, pétrole, ou faible disponibilité d’hydraulique par sécheresse.
· Surcharge des lignes : intensité trop élevée entraînant une mise en sécurité automatique.
· Panne d’équipements : transformateurs, disjoncteurs, systèmes de contrôle.
· Effet domino (cascading failure) : une ligne tombe, surcharge les autres, qui tombent à eur tour.
· Perturbations électromagnétiques : orages solaires (tempêtes géomagnétiques) perturbant le réseau.
· Pannes locales : câble souterrain endommagé, poste de distribution en panne.
· Accidents : travaux publics ou chantier coupant accidentellement une ligne.
· Conditions météo extrêmes : vent violent, neige, glace, inondations, orages détruisant les lignes basse/moyenne tension.
· Cyberattaques : infiltration de systèmes de contrôle industriel (SCADA) pour perturber le réseau.
· Actes de malveillance / sabotage : explosions, tirs ou vandalisme sur les infrastructures.
· Conflits armés : destruction volontaire de centrales ou lignes.
· Catastrophes naturelles : séismes, tsunamis, incendies de grande ampleur.
· Mauvaise gestion du réseau : erreurs humaines ou mauvaises prévisions de la demande.
· Propagation des pannes : dans un réseau européen interconnecté, un incident dans un pays peut se propager rapidement aux voisins.
· Fluctuations d’énergies renouvelables : variations brutales de production éolienne ou solaire sans réserve compensatoire suffisante.
· Défaillance des interconnexions : câbles transfrontaliers coupés ou surchargés.
J’évoque
ici un exercice de réflexion autour d’un scénario géopolitique fictif :
pourquoi Vladimir Poutine ne choisirait-il pas le « petit » Luxembourg pour
paralyser ses infrastructures électriques et de communication par le biais de
cyberattaques, afin de démontrer sa puissance face à l’Europe ? Le Luxembourg,
ne disposant pas des mêmes capacités de défense que d’autres pays, apparaîtrait
particulièrement vulnérable. De plus, il n’a ni la taille ni les moyens
nécessaires pour apporter une réponse réellement percutante. Dans une telle
situation, notre principale source de revenus publics, à savoir la place
financière, serait la première touchée. Adieu, dès lors, la prospérité
luxembourgeoise car si de tels événements devaient se répéter, quelle
institution financière choisirait encore de rester au Luxembourg ? Or, une
décentralisation énergétique réduirait considérablement les risques ainsi que
les conséquences d’une telle attaque.
C’est pourquoi,
en anticipant le développement de mon modèle, il conviendrait dès à présent de
mettre en place une décentralisation des sources énergétiques, notamment au
Kirchberg et dans les autres pôles financiers. Une telle politique de sécurité
pourrait d’ailleurs constituer un facteur supplémentaire d’attractivité pour
inciter de nouvelles institutions à s’implanter au Luxembourg.
Pourquoi le
Luxembourg échapperait-il à de telles situations ? Par ailleurs, étant
étroitement intégré dans de nombreux réseaux européens, toute défaillance
survenant dans un autre pays se répercuterait facilement sur son territoire.
Ainsi, si l’Allemagne devait subir une cyberattaque paralysant son réseau
électrique, le Luxembourg en serait directement affecté.
On connaît les
difficultés liées à l’implantation d’éoliennes de plusieurs mégawatts ainsi que
la durée nécessaire pour finaliser de tels projets. La production décentralisée
par de petites entités domestiques apparaît donc comme une solution pertinente,
du moins pour les particuliers. Il serait souhaitable de produire un maximum
d’électricité à partir de sources renouvelables (photovoltaïque et éoliennes, y
compris domestiques) et de la stocker dans des installations adaptées :
batteries de différentes capacités selon les besoins, ainsi que réservoirs
d’hydrogène issus de systèmes d’électrolyse décentralisés, afin d’alimenter des
piles à combustible.
Cependant, un
système décentralisé impliquant les particuliers ne peut fonctionner que si les
batteries sont régulièrement alimentées par les énergies renouvelables tout au
long de l’année. Or, la production renouvelable est par nature intermittente et
ne permet pas d’établir des prévisions stables. À l’état actuelle, il sera donc
toujours nécessaire de maintenir des capacités de production électrique en
veille afin de pallier les insuffisances ponctuelles des renouvelables.
Actuellement, ces installations reposent encore majoritairement sur les
énergies fossiles, à l’exception notable de la France.
L’autoconsommation,
même sans batteries,
présente certes des avantages, mais aussi des inconvénients. En pratique, il
existe des moments de la journée où l’installation photovoltaïque produit de
l’électricité non consommée, qui est alors injectée dans le réseau contre une
faible rémunération. À l’inverse, aux heures de forte consommation (souvent en
fin de journée ou en soirée), la production photovoltaïque ne suffit pas et le
particulier doit s’approvisionner auprès de Creos / Enovos (ou d’un autre
fournisseur) à un tarif relativement élevé. Grâce à cet écart entre les prix de
rachat et de vente, le fournisseur y trouve largement son avantage.
L’analyse de la
consommation et de la production horaires de mon installation photovoltaïque (à
titre d’exemple le 3 juillet) met clairement en évidence ces déséquilibres
entre offre et demande du particulier. La récurrence de ces situations m’a
conduit à installer prochainement un système de gestion énergétique domestique
(HEMS), couplé à une batterie de 30 kWh, afin d’optimiser l’autoconsommation,
de réduire les injections peu rémunérées dans le réseau et de limiter les
achats d’électricité aux heures de forte demande.
Dans le cas du 3
juillet, les graphiques reflètent principalement l’augmentation de la demande
en soirée, liée notamment à la recharge d’un véhicule plug-in hybride, ainsi
qu’à l’utilisation simultanée d’équipements domestiques tels que la télévision,
l’ordinateur et le chauffe-eau thermodynamique.
Heureusement,
j’ai bénéficié pendant 20 ans d’un système de subsides généreux, qui rendait
plus avantageux de ne pas pratiquer l’autoconsommation. Mais depuis la fin de
ces subventions et lors de mon passage à l’autoconsommation, l’installation de
batteries sur une installation photovoltaïque déjà existante (Nachrüstung)
n’était pas subventionnée — du moins jusqu’à récemment. Or, l’installation
d’une batterie sans subvention demeure assez onéreuse. Je dois cependant avouer
que la lecture des projets de loi à ce sujet ne me donne pas beaucoup d’espoir
pour une subventions substantielle de mon nouveau système HEMS avec ma batterie
de 30 KWh.
L’analyse de la
production et de la consommation mensuelles sur une année met clairement en
évidence les inconvénients saisonniers. Les graphiques suivants illustrent
cette situation :
Production PV Leick de juin 2024 à mai 2025
Consommation électricité Leick de juin 2024 à mai 2025
De novembre à
mars (automne-hiver), un système d’approvisionnement basé sur les énergies
renouvelables ne peut fonctionner de manière optimale si l’électricité provient
essentiellement d’installations photovoltaïques.
Si on considère
que la production photovoltaïque a progressé en 2024 pour atteindre environ 360
GWh (selon l’IRL) au niveau national et serait encore plus élevée en 2025, elle
ne représente encore que moins de 8 % de la consommation électrique brute. Des
ordres de grandeur similaires s’appliquent à la production d’électricité
éolienne. Mais selon les sources, ces chiffres peuvent varier.
L’autoconsommation serait d’un ordre de grandeur 200 GWh. Augmenter
l’autoproduction et l’autoconsommation de l’électricité ne va donc pas résoudre
le problème énergétique du Luxembourg.
Mais il y a un
réel intérêt à promouvoir et à optimiser l’autoproduction d’énergies
renouvelables par/pour les particuliers pour leur propre aisance et
sécurité car la consommation de l’électricité ne va pas diminuer si on en
considère les usages au niveau des particuliers : conservation des aliments,
cuisine, linge, éclairage, pompe à chaleur pour le chauffe-eau et le chauffage,
ventilation et climatisation, l’électronique personnelle et commune, domotique,
voiture électrique, télétravail, entretien du linge et autres.
La réalisation de
projets d’autoproduction au niveau des particuliers est bien plus rapide et
moins coûteuse que l’installation d’éoliennes de plusieurs mégawatts, notamment
en ce qui concerne le réseau électrique, puisque l’infrastructure existante ne
nécessite pas de transformations majeures. Pourtant, l’importance des grandes
éoliennes est souvent mise en avant et justifiée lors de la mise en service
d’une nouvelle unité de plusieurs mégawatts (par exemple 3 MW), en proclamant
qu’elle pourra alimenter environ 2 000 ménages en électricité.
Or, pour fournir
de l’électricité à l’ensemble des 260 000 ménages du Luxembourg uniquement par
le biais d’éoliennes de 3 MW, il en faudrait environ 140, sur la base d’une
consommation moyenne de 3 500 kWh/an. À l’heure actuelle, on compte environ 72
éoliennes installées dans le pays ; il faudrait donc doubler ce chiffre.
Dès lors, il
paraît tout aussi pertinent — sinon plus — de promouvoir une autoproduction
optimisée et décentralisée, mobilisant l’ensemble de toutes les sources
d’énergies renouvelables disponibles, et ce par tous les moyens.
Les variations
saisonnières précédemment mentionnées m’ont incité à développer un projet
d’installation d’une éolienne domestique verticale hélicoïdale de plusieurs
kWc, afin de compenser la moindre production de mon installation
photovoltaïque durant la mauvaise saison. Lorsque j’ai entamé les discussions à
ce sujet avec ma commune, en novembre dernier, aucun problème ne s’était posé,
tout simplement parce qu’aucune disposition n’était prévue dans le règlement
des bâtisses ni dans le PAG partie écrite. Mais en réalité, j’ai soulevé un
lièvre : les autorités communales ont alors travaillé sur le MoPo afin
d’interdire à l’avenir l’installation d’éoliennes dans le périmètre, sauf pour
les BEP. Voici le texte transmis au Ministère de l’Intérieur :
ART. 12.5.
ÉOLIENNES
L’installation
d’éoliennes est autorisée uniquement en Quartier de bâtiments et d’équipements
publics [QE-BEP]. Les éoliennes sont interdites dans les autres zones à
l’intérieur du périmètre d’agglomération.
Ce qui
saute immédiatement aux yeux, c’est que la commune s’octroie des droits et avantages qu’elle n’accorde pas
au citoyen, ce qui constitue d’office une discrimination avec des pertes
financières importantes pour le citoyen.
J’ai analysé les
textes d’autres communes et aucune n’a pris une décision comparable, ni même
évoqué la question des éoliennes domestiques. Je m’interroge donc sur les
motivations particulières qui ont conduit les instances communales de Fischbach
à adopter une telle position. Le résultat est néanmoins clair : si la commune
ne revient pas sur sa décision, mon projet d’éolienne domestique ne pourra pas
aboutir. Cela étant, je reconnais pleinement la légitimité pour une commune de
définir un cadre raisonnable pour l’installation d’éoliennes domestiques. Le
choix d’une éolienne verticale hélicoïdale n’est d’ailleurs pas fortuit : ce
modèle présente de nombreux avantages, peu d’inconvénients et son impact
esthétique est comparable à celui d’une cheminée.
Mais je
reviendrai plus loin sur ce problème en approfondissant d’autres aspects.
C’est l’une des
raisons pour lesquelles je vous adresse cette lettre. Je suis convaincu qu’il
serait souhaitable d’encadrer l’installation d’éoliennes domestiques dans un
cadre réglementaire national, afin d’éviter des approches communales
hétérogènes pouvant freiner la transition énergétique. Un tel cadre garantirait
à la fois la cohérence des politiques publiques, la sécurité juridique pour les
citoyens et la prise en compte des impératifs liés à l’esthétique, à
l’urbanisme et à l’acceptabilité locale.
Par ailleurs,
l’installation d’éoliennes domestiques trouve naturellement sa place dans mon modèle
de gestion énergétique en cascade, que je me permets de détailler ci-après.
Le modèle proposé
repose sur une approche bottom-up, fondée sur l’énergie renouvelable
produite par les particuliers ainsi que par d’autres entités de moindre
envergure que les exploitants d’éoliennes de plusieurs mégawatts. Ce modèle
prend également en compte les avantages liés à l’intégration d’éoliennes
domestiques dans le cadre de la transition énergétique.
Il est évident
que ce contexte s’applique essentiellement aux particuliers et à la vie
quotidienne, sans concerner directement la sphère publique ni les grands
secteurs économiques tels que le transport, l’industrie, les centres de
données, l’intelligence artificielle, la blockchain, le calcul intensif, la
croissance démographique et infrastructurelle, ou encore l’agriculture, la
gestion de l’eau, la santé et la longévité. Les enjeux à ce niveau relèvent
d’une autre échelle et exigent des moyens différents dans le cadre de la
transition énergétique — par exemple, le recours à des SMR rapides (Small
Modular Reactors.
Même si je risque
de susciter des réactions indignées, il convient de rappeler certains traits
caractéristiques des SMR :
- Puissance réduite : leur puissance est plus faible (50
à 300 MWé), ce qui limite la quantité d’énergie à gérer en cas d’incident
par rapport à une centrale de plus de 1 000 MWé.
- Conception modulaire et standardisée : fabriqués en usine, ils intègrent
des systèmes de sécurité dès la conception, avec une moindre variabilité
entre sites, réduisant ainsi les risques d’erreurs locales.
- Sécurité passive : beaucoup de SMR (y compris les
réacteurs rapides) sont conçus pour se refroidir automatiquement grâce à
la convection naturelle, sans apport externe d’électricité ni intervention
humaine, ce qui diminue le risque de fusion du cœur.
- Valorisation du combustible usé : les SMR rapides sont capables
d’utiliser préférentiellement des combustibles déjà irradiés et
apparaissent prometteurs pour "brûler" une partie des déchets à
vie longue. En effet, les réacteurs rapides utilisent des neutrons rapides
plutôt que thermiques. Cette physique particulière leur permet de
fissionner non seulement l’uranium-235, mais aussi le plutonium et
d’autres actinides (neptunium, americium, curium), présents dans les
combustibles usés et responsables de la radiotoxicité à très long terme. En
les « brûlant », un réacteur rapide peut réduire à la fois le volume et la
durée de vie des déchets ultimes. De plus, il peut fonctionner avec de
l’uranium appauvri — issu en grande quantité de l’enrichissement — et
contribue ainsi à une meilleure valorisation des ressources.
Les
SMR rapides pourraient sembler adaptés à la taille du Luxembourg (puisque les
deux sont « petits » 😊), mais la population n’est
certainement pas prête à accepter une telle idée. En revanche, si l’on
cherchait à résoudre les problèmes énergétiques du pays uniquement par les
énergies renouvelables, il faudrait s’interroger sur l’aspect que prendrait
alors notre beau Luxembourg.
Techniquement,
en combinant le photovoltaïque sur toitures, grandes toitures et parkings,
l’utilisation de friches, un peu d’éolien (là où cela reste acceptable), ainsi
que du stockage, de la flexibilité, des effacements et des interconnexions, le
Luxembourg pourrait viser une couverture domestique très élevée de sa demande
annuelle.
Toutefois,
sur le plan opérationnel, atteindre 100 % de couverture à chaque heure reste
peu réaliste sans un recours massif au stockage, à une gestion active de la
demande et aux échanges transfrontaliers — ce qui correspond d’ailleurs déjà à
la logique du marché électrique européen.
Mais revenons aux
particuliers et leur confort résultant de la consommation d’électricité
provenant de l’autoproduction, sujet principal du présent document.
Cascade
énergétique à partir d’énergies renouvelables au niveau des particuliers :
Description de la cascade et de ses boucles
·
production
individuelle d'électricité (photovoltaïque + éolienne domestique + autre ?)
·
consommation
directe en cas de besoin
·
s’il
y a un surplus de production -> stockage dans une batterie individuelle
·
s’il
y a encore un surplus et si la batterie est pleine-> stockage dans une
batterie collective décentralisée
·
s’il
y a encore surplus -> électrolyse et stockage d’hydrogène dans une
installation décentralisée (électrolyseur et pile à combustible.
·
si la
batterie collective décentralisée se vide parce que la production individuelle
ne fournit pas assez d’électricité pour l’alimenter, la pile à combustible va
la recharger sous réserve qu’il y ait assez d’hydrogène disponible
·
si la
batterie collective et les réserves d’hydrogène sont épuisées, le réseau
national va approvisionner en dernière instance les consommateurs en
remplissant la batterie collective. La batterie collective serait la première source
d'approvisionnement collective centrale
(en dehors des batteries individuelles) pour des raisons de stabilité du
réseau, au lieu de prendre l’électricité directement sur le réseau national.
Une pile à combustible veillera toujours à ce que la batterie collective sera
pleine si les réserves d’hydrogène sont suffisantes.
·
si
les réservoirs d’hydrogène et la batterie collective sont pleines, le surplus
d’électricité sera injecté dans le réseau national.
·
si la
production individuelle est insuffisante (en hiver par exemple parce que la PV
et l’éolienne domestique ne fournissent pas assez d’électricité) le membre de
la collectivité consommera son électricité à partir de la batterie collective.
·
si la
batterie collective se vide et si la pile à combustible n'arrive plus à la
remplir, la batterie collective sera alimentée par le réseau extérieur. Cette
démarche va contribuer à stabiliser le réseau national.
Le réseau
national ne serait sollicité qu’en dernier recours si les batteries collectives
sont vides. À cet égard, j’ai ajouté à la fin du document une réflexion sur les
avantages d’un système en cascade décentralisé avec des moyens de stockage,
ainsi que sur les opportunités offertes par le marché spot lorsque le
fournisseur dispose de capacités de stockage.
Les grandes
étapes conceptuelles de
ce schéma sont les suivantes :
·
Production individuelle
·
Gestion des surplus individuels
·
Restitution d’énergie
·
Gestion des surplus collectif
Les avantages de ce modèle sont les suivants :
·
Maximisation
de l’autoconsommation (individuelle puis collective).
·
Hiérarchisation
claire des priorités (du plus local vers le plus global).
·
Stockage
multi-niveaux : batteries (rapide, rendement élevé) + hydrogène (long terme,
saisonnier).
·
Contribution
à la stabilité du réseau national : la batterie collective sert de tampon.
·
Résilience
: plusieurs sources d’énergie et de stockage limitent les risques de panne.
Le Schéma d’un
tel système pourrait être le suivant :
Mais je voudrais
rendre attentif à certains aléas dont on ne parle jamais : la garantie que
ces installations fonctionnent correctement au moins pendant une période
minimale. Comment garantir que les installations puissent être réparées en cas
de besoin, que les pièces de rechange sont disponibles et qu’il y ait
suffisamment de techniciens compétents pour toutes ces opérations. Doit-on se
fier au marché pour produire ces garanties, ou la politique doit-elle prendre
certaines dispositions ? Si des investissements substantiels sont réalisés et
qu’il devient impossible de réparer les installations après quelques années,
tout cet édifice risque de s’effondrer, ne laissant derrière lui que des ruines
industrielles.
Les aléas
principaux peuvent être les suivants :
- Durée de vie réelle des équipements
- Les fabricants annoncent souvent
20–25 ans pour le photovoltaïque, 10–15 ans pour les batteries, mais dans
la réalité cela dépend énormément de l’usage, du climat, de la qualité
d’installation.
- Sans mécanisme de suivi et d’audit,
la "garantie théorique" peut ne pas se réaliser.
- Disponibilité
des pièces de rechange
- Risque de dépendance à des chaînes
d’approvisionnement mondiales (ex. cellules PV en Asie, lithium, platine
pour électrolyseurs/piles H2).
- Délais longs en cas de rupture
d’approvisionnement.
- Compétences
techniques locales
- Il faut des techniciens pour
installer, diagnostiquer, entretenir, remplacer.
- Risque de “goulot d’étranglement” si
le marché se développe vite mais que la main-d’œuvre qualifiée n’est pas
formée en parallèle.
- Continuité
de service
- Si une pièce clé tombe en panne
(convertisseur, contrôleur de charge, électrolyseur ou autre), tout un
maillon de la chaîne peut être bloqué.
On peut
s’imaginer les dispositions / mécanismes suivants :
Garanties de
performance et maintenance obligatoire
- Contrats de maintenance longue durée (type "service after-sale
obligatoire" comme dans l’automobile).
- Imposer une garantie minimale de
disponibilité (ex. 95 % du temps sur 10 ans) avec pénalités
financières si non respectée.
- Certification des installateurs et obligation de suivi annuel.
2. Politique industrielle & sécurisation des pièces
- Constituer stocks stratégiques de
pièces de rechange pour les composants critiques (comme pour le gaz ou
le pétrole).
- Favoriser une production locale
de certaines pièces (batteries, convertisseurs, logiciels de pilotage).
- Exiger des fabricants une durée de
disponibilité des pièces (ex. 15 ans minimum, comme dans certains
règlements européens sur l’électroménager).
3. Formation et filière technique
- Programmes publics pour former
rapidement des techniciens spécialisés en énergie décentralisée.
- Labels de compétence (ex.
"QualiPV" en France) à généraliser et renforcer.
- Coopératives locales qui
entretiennent les installations de leurs membres.
4. Rôle du
marché vs rôle de l’État
- Le marché seul ne garantit pas ces conditions → il
optimise le coût immédiat, pas la résilience.
- La politique peut agir via :
- Normes minimales (durée de garantie,
disponibilité des pièces).
- Subventions conditionnées au respect
de critères de durabilité.
- Incitations fiscales pour les
entreprises qui fabriquent ou entretiennent localement.
- Coopératives énergétiques soutenues
par les collectivités locales pour mutualiser la maintenance.
Ainsi, le marché
peut organiser une partie (contrats de service, concurrence entre fabricants). Mais
seule une intervention politique (normes, régulation, soutien à la formation et
à la production locale) peut garantir à long terme la fiabilité, éviter les
dépendances et créer un écosystème robuste.
D’ailleurs, un
tel créneau de consolidation pourrait représenter une véritable opportunité en
matière de recherche, d’innovation et d’industrialisation ,sans parler des
avantages sur le marché de l’emploi. Le Luxembourg accueille déjà sur son
territoire une entreprise qui fabrique des panneaux solaires en joint-venture
avec une société étrangère. Pourquoi ne pas suivre le même modèle en incitant
une ou plusieurs entreprises à produire des HEMS au Luxembourg ?
Pour ma part,
j’ai choisi — pour diverses raisons — la société allemande E3/DC, qui a
développé son propre système HEMS et fabrique l’ensemble de ses produits en
Allemagne. E3/DC fait partie du groupe Hager Energy depuis 2018. D’après
certaines recherches, les composants des systèmes E3/DC proviendraient
exclusivement d’Allemagne. De ce fait, l’entreprise est moins exposée au risque
de voir ses activités entravées par des facteurs géopolitiques (Chine,
États-Unis, Russie).
Le groupe Hager
dispose de 23 sites de production répartis dans plusieurs pays : Allemagne,
France (à Obernai, le plus grand site de production et siège du groupe),
Pologne, Espagne, Italie, Suisse, Royaume-Uni, Brésil, Inde et Hongrie.
Pourquoi le groupe Hager n’implanterait-il pas également une unité de
production au Luxembourg, ne serait-ce que pour des raisons fiscales, même si
leur site principal à Obernai se trouve à proximité du Grand-Duché ? Après
tout, Amazon est bien implanté au Luxembourg.
Par ailleurs, le
groupe Hager a obtenu le niveau « Ecovadis Platinum », distinction qui évalue
la performance en matière d’environnement, de droits humains et sociaux,
d’éthique et d’achats responsables. Je cite ce groupe que j’ai découvert
récemment à titre d’exemple, car je trouve que sa constellation industrielle
est particulièrement bien conçue.
Le Luxembourg
accueille déjà des activités financières, logistiques et numériques (Amazon,
centres de données, satellites). L’ajout d’une composante industrielle supplémentaires
liée à la transition énergétique renforcerait la résilience économique ainsi
que l’image « verte » du pays. Situé au cœur de l’UE, à proximité de
l’Allemagne (Bade-Wurtemberg, Rhénanie) et de la France (Alsace, Obernai), le
Luxembourg occupe une position idéale pour développer des partenariats
industriels transfrontaliers. Il convient également de souligner que des
synergies logistiques existent déjà (autoroutes, réseau ferroviaire, fret
aérien). Enfin, même si l’UE a durci la fiscalité, le Luxembourg demeure très
attractif pour l’implantation de sièges sociaux et de centres de R&D.
Le groupe Hager
pourrait être un bon candidat pour une telle politique. Il présente d’abord un
gage de confiance industrielle : groupe d’origine familiale, il reste fortement
enraciné en Europe, contrairement à de nombreux acteurs dépendants de l’Asie. Le
groupe possède également une solide expérience en matière de diversification
géographique, puisqu’il est déjà implanté dans dix pays avec un modèle de
production décentralisée. Son expertise technique est confirmée : il maîtrise
l’ensemble de la chaîne des HEMS grâce à E3/DC. Enfin, bien que son site
d’Obernai (Alsace) ne se situe qu’à deux heures du Luxembourg, l’implantation
d’une unité de production et/ou d’un centre de R&D au Grand-Duché pourrait
apporter des avantages sans bouleverser la logistique. Ces éléments relèvent de
réflexions stratégiques à long terme. L’exercice virtuel que j’ai proposé n’a
vocation qu’à illustrer le problème et une solution possible.
Le Luxembourg
pourrait lui-même constituer un hub ou cluster des énergies décentralisées,
regroupant fabricants, installateurs, chercheurs et collectivités, avec des
incitations à la R&D et à la production de composants stratégiques (HEMS,
batteries, logiciels embarqués), sans oublier d’éventuels avantages pour les
investissements industriels verts. Le pays offre également des soutiens à la
recherche et à l’innovation à travers des coopérations avec l’Université du
Luxembourg (énergie, informatique, IA) ainsi que des partenariats avec le
Luxembourg Institute of Science and Technology (LIST) pour développer de
nouvelles générations de HEMS. Enfin, le Luxembourg pourrait promouvoir le
développement de zones pilotes (quartiers intelligents) destinées à expérimenter
les HEMS produits localement. Avec un tel narratif, le pays pourrait se
positionner comme un véritable « hub européen des systèmes énergétiques
décentralisés et intelligents ». De la même manière qu’il a su attirer Amazon,
le Luxembourg pourrait jouer la carte Hager / E3DC et les HEMS, ce qui
permettrait d’ancrer une industrie verte sur son territoire, de réduire les
risques géopolitiques liés aux chaînes d’approvisionnement et de donner au pays
une nouvelle identité économique alignée sur la transition énergétique.
La même réflexion
s’applique à la fabrication des éoliennes domestiques, dont la plupart
proviennent de Chine et offrent souvent une qualité perfectible (pour user d’un
euphémisme), sans parler des difficultés liées à la réparation, aux garanties,
aux pièces de rechange et à d’autres aspects pratiques. Je parle d’expérience :
ayant testé une éolienne domestique chinoise, j’ai constaté qu’elle ne
correspondait pas aux performances annoncées.
Si les éoliennes
domestiques venaient à se généraliser, elles pourraient constituer un créneau
supplémentaire d’industrialisation pour le Luxembourg. L’exportation pourrait
également devenir significative, compte tenu du faible nombre de fabricants en
Europe.
Je m’interroge
dès lors : le développement d’une éolienne est-il véritablement si complexe,
puisqu’il repose finalement, à la base, sur un alternateur semblable à ceux que
l’on trouve dans les voitures hybrides ou à essence ? Et pourquoi ne pas
s’inspirer — pour ne pas dire “pirater” — des concepts existants en matière de
design de pales, sachant qu’il existe déjà en plus en Europe des firmes
hautement compétentes dans la conception de pales pour les grandes éoliennes. 😊
On peut établir
une analogie avec l’informatique pour illustrer le problème de la maintenance :
certains systèmes ne sont plus supportés, souvent pour des raisons commerciales
visant à inciter l’utilisateur à acheter les dernières versions, alors même que
les anciens systèmes fonctionnaient très bien et répondaient encore aux
besoins. En cas d’évolutions ou de développements, rien n’empêche un nouvel
utilisateur d’adopter le système le plus récent, même si une grande partie des
fonctionnalités proposées ne lui est pas indispensable. De la même façon, un
utilisateur déjà équipé peut choisir de migrer vers le nouveau système si les
fonctionnalités supplémentaires l’intéressent particulièrement.
Selon le document
stratégique relatif aux batteries, la batterie collective pourrait prendre
différentes dimensions en fonction des situations et des opportunités :
- autoconsommation d’une communauté
énergétique de voisins (périmètre d’environ 100 mètres),
- autoconsommation énergétique locale
(périmètre d’environ 300 mètres),
- autoconsommation à l’échelle d’un
quartier avec des batteries partagées,
- autres
configurations possibles.
On peut envisager
l’installation d’électrolyseurs à tous les niveaux de stockage par batteries,
lorsqu’il existe un risque que la production excédentaire dépasse leurs
capacités.
Les acteurs d’une telle constellation peuvent être variés : particuliers,
communautés de particuliers, fournisseurs commerciaux d’électricité, communes,
etc.
On pourrait
également imaginer des réseaux de batteries permettant de transférer les
excédents issus de petites unités vers des batteries de plus grande capacité —
par exemple, l’électricité excédentaire d’une communauté de voisins vers une
batterie de quartier intégrant elle-même un système d’électrolyse.
De même,
l’excédent d’électricité provenant de différents types de batteries
interconnectées, notamment celles des quartiers, pourrait être pris en charge
par Enovos ou un autre fournisseur pour l’électrolyse, en assurant la gestion
d’une pile à combustible.
Ce schéma ne
préconise pas une politique systématique de déploiement d’électrolyseurs à tous
les niveaux. L’installation d’un électrolyseur n’a de sens qu’en fonction des
rapports entre production et consommation d’électricité, quelle que soit la
configuration des batteries. Un particulier équipé d’une installation
photovoltaïque de 5 kWc n’aurait probablement pas besoin d’un électrolyseur
domestique. En revanche, un particulier disposant d’une installation de 30 kWc
pourrait envisager utilement un électrolyseur afin de compenser les variations
saisonnières de sa production. L’électrolyse prendra sans doute davantage de
sens au niveau des batteries d’une communauté locale ou d’une batterie de
quartier. Elle pourrait également être opportune pour les installations
photovoltaïques de grande envergure des exploitants agricoles, qu’il s’agisse
de panneaux installés sur les bâtiments d’exploitation ou intégrés dans des
projets d’agrivoltaïsme. Le Luxembourg dispose d’un potentiel considérable pour
l’installation de panneaux photovoltaïques, en particulier sur les toitures des
bâtiments industriels et sur les parkings, en synergie avec l’électrolyse.
Au niveau
individuel, j’ai eu une discussion à ce sujet avec une conseillère de l’Agence
du climat, qui cherchait à me convaincre qu’une capacité de 30 kWh était
excessive et que l’agence ne recommande que des capacités de 10 kWh. J’ai
toutefois eu l’impression que son raisonnement restait centré sur un premier
niveau d’analyse, sans intégrer certaines considérations plus larges. En effet, le soleil ne brille pas tous les
jours et il est utile de disposer de plusieurs jours de réserve afin de couvrir
les consommations minimales d’électricité, comme celles d’un réfrigérateur,
d’un congélateur, des plaques de cuisson, de l’éclairage ou encore d’un
chauffe-eau thermodynamique. Certes, ce raisonnement ne s’applique pas
forcément dans le cas d’une maison équipée d’une pompe à chaleur assurant à la
fois le chauffage et l’eau chaude, sans parler du chargement d’un véhicule 100
% électrique.
En revanche, un
système de chauffage au mazout traditionnel pourrait encore fonctionner avec
une batterie de moindre capacité, car il ne requiert que très peu
d’électricité. Sur le plan de la sécurité énergétique, il convient de souligner
qu’un système HEMS déconnecte automatiquement l’installation domestique du réseau
national en cas de blackout, tout en permettant de continuer à utiliser
l’électricité normalement dans la maison. Sans HEMS, l’usage d’une batterie
rend la mise en œuvre plus complexe et contraignante et nécessite malgré tout
des équipements spécifiques : un onduleur hybride avec fonction grid-forming,
un dispositif de découplage du réseau, un tableau dédié aux « circuits
critiques », une puissance de pointe suffisante pour les démarrages de moteurs,
ainsi que des protections adaptées. Je peux témoigner que de telles coupures
prolongées ne sont pas agréables : il y a trente-cinq ans, nous avons vécu
trois jours sans électricité en pleine campagne, avec de jeunes enfants.
Heureusement, nous disposions d’un poêle à bois et d’un camping-gaz, mais la
vie quotidienne n’en restait pas moins très frugale.
Il faut vraiment
insister sur la pertinence d’un système HEMS (et vous n’êtes certainement pas
sans le savoir) en cas de blackout — comme cela s’est produit en Espagne et au
Portugal. Comme déjà mentionné, le 28 avril 2025, une panne de courant a touché
l’Espagne, le Portugal, l’Andorre ainsi que certaines zones du sud-ouest de la
France, affectant plus de 50 millions de personnes. L’interruption de
l’alimentation électrique a duré environ dix heures dans la majorité des cas,
avec toutefois des disparités selon les régions.
En juillet 2025,
une coupure d’électricité est survenue dans le sud du Luxembourg (Bettembourg,
Frisange, Hellange et Peppange). Elle a duré environ une heure et a été causée
par un incident technique.
Pour illustrer
les conséquences d’une coupure d’électricité, rappelons, par analogie, les
perturbations survenues lorsque le système de la Poste a été victime d’une
cyberattaque. Les problèmes de communication à l’échelle nationale ont duré
plusieurs heures et ont eu des répercussions néfastes, notamment sur la gestion
des urgences. Or, au lieu d’une cyberattaque, il aurait tout aussi bien pu
s’agir d’une coupure d’électricité de quelques heures.
Rappelons
quelques statistiques concernant le Luxembourg. Le pays a été frappé par une
panne géante le 2 septembre 2004, causée par une coupure de la ligne
d’importation depuis l’Allemagne. Ce blackout a notamment affecté le système
bancaire et demeure l’un des rares cas de panne à grande échelle. Plus
couramment, le Luxembourg est confronté à des coupures fréquentes mais
généralement de courte durée, provoquées par des incidents techniques, des
intempéries ou des dégâts matériels. On en a recensé 59 en 2022, contre 68 en
2020, et un pic à 88 en 2021, année marquée par d’importantes inondations. En
revanche, je n’ai pas trouvé de statistiques disponibles pour 2023, 2024 et
2025.
Selon une étude
scientifique récente, la base de données la plus complète sur les pannes
d’électricité recense 478 incidents majeurs et 5 981 défaillances sur une
période de 30 ans à l’échelle européenne. (https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2542435123003665?utm_source=chatgpt.com ).
Un blackout a des
conséquences directes sur la vie quotidienne : télécommunications, systèmes
financiers et bancaires, santé et hôpitaux, transports, approvisionnement et
autres. Il a également des répercussions systémiques sur les plans économique
et sécuritaire. En tant que siège de nombreuses institutions financières et de
data centers, le Luxembourg pourrait voir sa réputation de fiabilité
fragilisée.
Revenons au
niveau du particulier dans le cadre de son autoproduction énergétique avec un
système HEMS associé à une batterie ou intégré dans un réseau de batteries. Il
va de soi que sa facture d’électricité sera, de manière générale, moins élevée
s’il ne doit pas tirer l’ensemble de son électricité du réseau national grâce à
ce système (HEMS et batterie), tout en étant ainsi un peu moins dépendant des
prix du marché.
L’objectif est
d’alimenter mon HEMS le plus possible par mes propres moyens. C’est dans cette
optique que j’ai commencé à élaborer un projet d’installation d’une éolienne
domestique hélicoïdale verticale afin de compléter ma production
photovoltaïque. Je reviendrai ultérieurement sur les avantages d’un tel
dispositif. On se retrouve en effet souvent, surtout en hiver, dans une
situation où l’ensoleillement est réduit mais où les vents sont plus forts que
par beau temps au printemps et en été.
Et c’est alors
que mes problèmes ont commencé de manière inattendue. Lorsque j’ai lancé ce
projet en décembre de l’année dernière, il n’existait aucun règlement, ni au
niveau national ni au niveau communal, interdisant une telle installation. Dans
ce cadre, j’avais analysé (à l’aide de l’IA) les règlements de bâtisse ainsi
que la partie écrite des PAG/PAP de l’ensemble des communes du Luxembourg.
Pour être certain
de ne pas faire fausse route avec mon projet, j’ai discuté avec les instances
communales (commune de Fischbach) qui, jusque-là, ne s’étaient jamais penchées
sur cette question. Je leur ai donc mis la puce à l’oreille et, malheureusement,
les autorités communales de Fischbach ont décidé, dans le cadre du MoPo, de
prévoir l’interdiction de l’installation d’éoliennes dans le périmètre, sauf
pour les BEP. Le texte de la modification de l’article concerné a été transmis
au ministère de l’Intérieur dans le cadre du MoPo. La partie écrite du PAP-QE
de la proposition de changement inclurait un nouvel article 12.5 relatif aux
éoliennes.
ART. 12.5.
ÉOLIENNES
L’installation
d’éoliennes est autorisée uniquement en Quartier de bâtiments et d’équipements
publics [QE-BEP]. Les éoliennes sont interdites dans les autres zones à
l’intérieur du périmètre d’agglomération.
Mon projet
d’éolienne comme source supplémentaire d’énergie renouvelable battait alors (et
bat toujours) de l’aile, au point de risquer d’être anéanti. Mais peut-être
reste-t-il encore un peu d’espoir. Je dois avouer que j’ai raté le coche en
n’introduisant pas à temps une réclamation concernant le MoPo, même si je doute
fort que cela aurait changé quelque chose. J’ai donc pris contact de manière
informelle avec le Département de l’Aménagement communal et du Développement
urbain du ministère de l’Intérieur, dans l’espoir de le sensibiliser au
problème et que la Cellule d’évaluation du MoPo nuance, dans son avis, la
proposition de l’article 12.5 de ma commune.
C’est dans le
même esprit que je vous soumets ce document. Si vous le jugez pertinent, il
pourrait être opportun que le ministère de l’Énergie et le ministère des
Affaires intérieures se concertent afin d’énoncer certaines directives
favorables à la transition écologique, notamment une stratégie détaillée
assortie de dispositions légales et réglementaires relatives aux éoliennes
domestiques. Selon le contenu de ces dispositions, un règlement communal en
matière de bâtisses ne pourrait, par exemple, pas prévoir de règles plus
restrictives que celles fixées par un texte ministériel autorisant expressément
l’installation d’éoliennes domestiques comme un droit, et ceci en vertu du
principe de la hiérarchie des normes juridiques.
En revenant au
MoPo, il convient de souligner que la modification proposée comporte plusieurs
aspects discriminatoires :
En premier lieu,
pourquoi la commune s’arrogerait-elle le droit d’ériger des éoliennes dans les
BEP situés dans le périmètre, afin de produire et de consommer de l’électricité
à un moindre coût que le citoyen lambda ? Une éolienne construite dans un BEP n’occasionne
pas moins de nuisances et n’est pas plus esthétique qu’une éolienne identique
érigée à proximité, sur un terrain privé. Il s’agit donc clairement d’une
discrimination du citoyen par rapport à la commune.
ela signifie
également, en toute logique, que les propriétaires de terrains situés à la
limite du périmètre pourraient y ériger des éoliennes domestiques à volonté,
pour autant qu’une telle construction ne contrevienne pas à d’autres
règlements. En poussant le raisonnement à l’extrême, le périmètre d’une commune
pourrait ainsi se retrouver entouré d’une chaîne d’éoliennes domestiques. À la
rigueur, on pourrait même considérer une telle chaîne d’éoliennes comme une
œuvre d’art paysager 😊, à condition que le(s) modèle(s) choisi(s) soi(en)t
esthétiques.
L’interdiction
d’ériger des éoliennes domestiques constitue une atteinte au principe d’égalité
de traitement entre citoyens/résidents d’une même commune. En effet, une telle
mesure engendre une discrimination indirecte en créant plusieurs catégories de
citoyens :
- ceux dont le toit est favorablement
orienté et permet l’installation de panneaux photovoltaïques avec de bons
rendements,
- ceux dont le toit est défavorablement
orienté et ne permet pas d’obtenir des rendements satisfaisants,
- ceux dont la conception du toit, en
raison de sa structure, empêche ou limite fortement l’installation de
panneaux photovoltaïques,
- ceux dont le toit est majoritairement
ombragé par des obstacles extérieurs, indépendants de leur propre
propriété,
- et
d’autres situations similaires.
Une telle
interdiction place donc certains citoyens dans une position manifestement
désavantageuse par rapport à d’autres, en leur refusant l’accès à une
alternative énergétique (l’éolien domestique) qui pourrait compenser leur
impossibilité ou leur difficulté d’accéder à l’énergie solaire. Elle
contrevient ainsi au principe de non-discrimination et à l’égalité devant la
loi.
Ainsi peut-on
reformuler le contexte juridique et administratif de la manière suivante.
L’argument juridique est fondé sur le principe d’égalité et de
non-discrimination.
1. Atteinte au
principe d’égalité de traitement
L’interdiction
générale et absolue d’ériger des éoliennes domestiques crée une rupture
d’égalité entre les citoyens/résidents d’une même commune.
- Certains peuvent produire leur propre
électricité grâce à des panneaux photovoltaïques (toits bien orientés et
non ombragés).
- D’autres en sont empêchés (toits
défavorablement orientés, ombragés ou structurellement inadaptés).
Dans ces
situations, l’éolien domestique constitue une alternative technique légitime et
proportionnée permettant de garantir une égalité d’accès à l’autoproduction
énergétique. Son interdiction place donc certains citoyens dans une situation
manifestement désavantageuse, ce qui constitue une discrimination indirecte.
2. Violation de
la hiérarchie des normes
Une
réglementation communale (par ex. règlement sur les bâtisses ou PAP) ne saurait
être plus restrictive qu’une disposition légale ou réglementaire nationale
autorisant ou encadrant les énergies renouvelables. En interdisant les
éoliennes domestiques, la commune outrepasse potentiellement ses compétences et
contrevient au principe de hiérarchie des normes.
3. Atteinte aux
objectifs de transition énergétique
Une telle
interdiction est également contraire :
- aux engagements européens et
nationaux du Luxembourg en matière de transition énergétique et de lutte
contre le changement climatique,
- au principe de proportionnalité, car
une interdiction absolue est une mesure excessive là où des règles
d’implantation ou de nuisance (bruit, esthétique, sécurité) suffiraient.
4. Conclusion
L’interdiction des éoliennes domestiques, telle qu’envisagée dans le MoPo, est
donc susceptible :
- de violer le principe d’égalité et
de non-discrimination,
- d’entrer en contradiction avec la hiérarchie
des normes juridiques,
- et de s’écarter des objectifs
d’intérêt général liés à la transition énergétique.
Il en découle que
cette disposition devrait être réexaminée, voire annulée, afin d’assurer la
conformité du texte communal avec les principes juridiques fondamentaux et les
orientations nationales en matière d’énergie.
Néanmoins, je
suis bien d’accord qu’on ne pourrait pas installer n’importe quelle sorte d’éoliennes
avec n’importe quelles dimensions dans le périmètre et qu’il serait utile qu’un
cadre serait défini.
Dans ce cadre, il
faut peut-être rappeler qu’on distingue essentiellement deux sortes
d’éoliennes :
Éolienne
horizontale
Éoliennes verticales
(plusieurs types)
autres
Avantages
techniques des éoliennes domestiques verticales (hélicoïdales)
Bien que les
éoliennes à axe horizontal présentent généralement un rendement énergétique
supérieur, les éoliennes domestiques à axe vertical — en particulier de type
hélicoïdal — offrent un certain nombre d’avantages techniques et opérationnels
:
- Indépendance vis-à-vis de la
direction du vent
- Les éoliennes verticales captent le
vent quelle que soit sa direction, sans nécessiter de mécanisme
d’orientation.
- Les modèles horizontaux doivent en
revanche pivoter en fonction de la direction dominante, ce qui requiert
un espace libre plus important et une structure d’orientation (yaw
system).
- Encombrement
et dimensions réduites
- Hauteur
typique : 2 à 3 m.
- Diamètre
: généralement < 1 m.
- Cette compacité facilite leur
intégration en milieu urbain ou périurbain.
- Pas
de mât élevé nécessaire
- Elles peuvent être installées sur
des toitures (faîtes ou toits plats), contrairement aux modèles
horizontaux qui nécessitent souvent un mât haut et robuste pour capter un
vent régulier en zone dégagée.
- Régularité
de fonctionnement
- La forme hélicoïdale répartit le
flux d’air de manière homogène sur les pales, garantissant une rotation
fluide et réduisant les variations de couple.
- Cela limite également les
contraintes mécaniques et le bruit.
- Performance
en milieu urbain
- Fonctionnement efficace avec des
vents turbulents ou changeants, fréquents en zones habitées.
- Les éoliennes horizontales perdent
en efficacité dans ces conditions.
- Nuisances
sonores très faibles
- Niveau sonore généralement <
40 dB à 5 m, donc comparable voire inférieur à celui d’une pompe à
chaleur.
- Le bruit devient imperceptible à 5–10
m selon les modèles (études fabricants).
- Vitesse
de démarrage réduite
- Mise en rotation dès 2–3 m/s
(≈ 7,2–10,8 km/h).
- Cela permet une production régulière
même en conditions de vent faible.
- Rendement
optimal plafonné
- Rendement maximal atteint vers 11
m/s (≈ 40 km/h).
- Une augmentation ultérieure de la
vitesse du vent n’améliore pas significativement la production (limite
aérodynamique et électronique).
Ce type
d’éolienne est donc particulièrement adapté aux sites résidentiels et
aux environnements urbains ou semi-urbains, où l’espace est limité, le
vent turbulent et les contraintes de bruit importantes.
L’installation
d’éoliennes à axe horizontal présente le risque de générer des installations de
grande dimension, avec des niveaux sonores plus élevés et un impact esthétique
plus marqué.
Des études ont
également montré que, parmi les éoliennes à axe vertical, le modèle hélicoïdal
est le plus indiqué. Voici un tableau comparatif synthétique entre les
principaux types d’éoliennes domestiques :
Spiralwindturbine
= 3ième photo depuis la gauche et klassische 3 -Blatt Savonius = 2ième
depuis la gauche (voir représentations en haut).
Une autre
étude donne un tableau un peu différent, mais complémentaire :
Comparatif des types d’éoliennes domestiques
|
Critère |
Verticale hélicoïdale |
Verticale à
pales droites (Darrieus/Savonius) |
Horizontale (classique) |
|
Rendement |
Moyen (~25–35 %) |
Faible à moyen (~15–30 %) |
Élevé (~35–45 %) |
|
Sensibilité
à la direction du vent |
Indépendante (omnidirectionnelle) |
Indépendante, mais moins stable |
Forte (doit
s’orienter face au vent) |
|
Vitesse de démarrage |
Basse (2–3 m/s) |
Très basse (2 m/s) |
Moyenne (3–4 m/s) |
|
Bruit |
Très faible (< 40 dB) |
Faible à moyen
(selon modèle) |
Plus élevé
(pales rapides, ~50–60 dB) |
|
Encombrement / hauteur |
Compacte (2–3 m
de haut, <1 m de Ø) |
Compacte à
moyenne (souvent plus large) |
Grande (mâts
hauts, pales larges) |
|
Esthétique / intégration |
Plus discrète, design moderne |
Massif, parfois
jugé peu esthétique |
Impact visuel important |
|
Tolérance aux turbulences |
Bonne (adaptée
au milieu urbain) |
Bonne, mais
rendement plus irrégulier |
Mauvaise
(rendement chute avec turbulences) |
|
Adaptation aux toitures |
Oui (toits
plats ou faîtes) |
Possible mais encombrant |
Rarement
(plutôt sur mât dédié) |
|
Puissance typique (domestique) |
0,5 – 5 kW |
0,3 – 3 kW |
1 – 20 kW |
Finalement, ce
long exposé, certes un peu cahotant, avait pour but principal — et je l’avoue,
dans un intérêt pro domo — de suggérer à différents ministères d’adopter des
dispositions légales empêchant les communes d’interdire les éoliennes
domestiques (notamment verticales hélicoïdales) 😊. Néanmoins, j’ai tenté de montrer que
l’enjeu des éoliennes domestiques dépasse la seule perspective individuelle :
il s’inscrit dans un contexte beaucoup plus large, même si les objectifs d’un
particulier restent plus modestes — production d’énergie à moindre coût,
autosuffisance et autonomie, sécurité énergétique, plus grande indépendance
vis-à-vis du marché de l’électricité, etc.
Selon moi, le
Luxembourg devrait devenir encore plus actif — non seulement à travers des
incitations financières (subsides, subventions) et des facilités légales — pour
développer au maximum les énergies renouvelables, là où un potentiel important
existe au niveau des particuliers, en combinant photovoltaïque, éoliennes
domestiques, batteries, électrolyse et piles à combustible. Les fournisseurs
d’électricité pourraient également jouer un rôle plus actif en installant, de
manière décentralisée, des batteries de quartier (et autres dispositifs de
stockage), des systèmes d’électrolyse, des réservoirs d’hydrogène et des piles
à combustible. Pourquoi ne pas lancer un projet pilote en s’inspirant
d’exemples d’électrolyse décentralisée mentionnés au début de ce document ?
Finalement,
merci pour votre attention si vous avez eu la patience de lire ce document.
Jean Leick
PS 1 :
une réflexion sur le stockage d’électricité et le prix sur le marché
spot :
Hypothèse : si
le fournisseur n’a pas besoin d’acheter en urgence de l’électricité sur le
marché spot grâce à ses réserves (batteries et hydrogène pour ses piles à
combustible), il peut choisir plus librement ses moments d’achat — par exemple
en période de faible demande — et ainsi profiter de prix plus avantageux.
En effet, sans
solution de stockage, un fournisseur doit équilibrer en temps réel la demande
de ses clients. Si sa production renouvelable et ses contrats à long terme ne
suffisent pas, il est contraint d’acheter immédiatement sur le marché spot. Or,
si cet achat intervient à une heure de forte demande (par exemple une soirée
d’hiver), le prix est très élevé, entraînant des coûts importants et une forte
volatilité.
Si le fournisseur
dispose d’installations de stockage (batteries et hydrogène/piles à
combustible), il peut constituer des réserves lorsque les prix sont bas (par
exemple la nuit ou en période de fort vent/ensoleillement). Lorsque ses clients
consomment et que le prix du marché spot est élevé, il peut alors décharger ses
batteries ou utiliser son hydrogène plutôt que d’acheter à prix fort. Il n’est
donc plus contraint d’acheter “en urgence” et peut reporter ses achats aux
périodes creuses, où les prix sont plus avantageux.
Comme effets
concrets, on observe d’abord une réduction du coût moyen d’approvisionnement :
le fournisseur lisse ses achats et évite ainsi les pics de prix. La volatilité
est également moindre, puisqu’il est moins exposé aux fluctuations du marché
spot. En pratique, le stockage permet de réaliser un arbitrage temporel :
acheter à bas prix → stocker → consommer ou revendre lorsque les prix sont
élevés.
Il existe
évidemment des limites, puisque le prix spot reste déterminé par le marché
global et non par un fournisseur isolé. Toutefois, la facture individuelle
diminue, car les moments d’achat peuvent être optimisés.
En résumé, le
stockage confère au fournisseur une flexibilité accrue : il devient un acheteur
opportuniste plutôt qu’un acheteur contraint.
Mais il existe un
autre aspect intéressant. Un modèle tel que celui proposé peut tirer pleinement
parti des prix négatifs du marché spot, ce qui accentue encore la réduction des
coûts et peut même accroître la marge. En effet, lorsqu’il y a un excédent de
production (par exemple lorsque l’éolien et le solaire en Allemagne produisent
plus que la demande), les producteurs paient pour écouler leur surplus,
entraînant des prix spot négatifs. Un fournisseur disposant alors de capacités
de stockage libres peut en profiter pour remplir ses réserves.
Mais un
fournisseur ne peut pas acheter davantage que la demande de ses clients s’il ne
dispose pas de capacités de stockage. Ainsi, même si l’électricité est gratuite
ou à prix négatif, il ne peut pas en tirer pleinement parti.
Cependant, si le
fournisseur dispose de moyens de stockage (batteries, électrolyse, hydrogène),
il peut volontairement augmenter ses achats lorsque le prix est négatif afin de
remplir ses batteries et d’alimenter ses électrolyseurs. Il bénéficie ainsi du
mécanisme d’“être payé pour stocker” l’énergie. Par la suite, il peut décharger
ou revendre cette énergie lorsque les prix sont élevés, évitant ainsi des
achats coûteux, ou l’utiliser directement en cas de forte demande.
Ainsi, les coûts
moyens d’approvisionnement diminuent encore, puisqu’une partie de l’énergie est
acquise à prix négatif. En pratique, certains opérateurs réalisent même un
double gain : ils sont rémunérés pour stocker et évitent d’acheter à prix élevé
par la suite. Ce mécanisme améliore non seulement leur marge brute, mais aussi
la prévisibilité de leurs flux de trésorerie, renforçant ainsi leur stratégie
de hedging et la stabilité de leurs marges en couvrant les risques.
En effet, un
fournisseur subit un risque de prix car le marché spot est très volatil. Grâce
au stockage (batteries, hydrogène), il peut réduire son exposition à cette
volatilité. Concrètement, il “bloque” indirectement une partie de ses coûts
d’approvisionnement : il stocke quand c’est bas (voire négatif), et réinjecte
quand c’est cher, au lieu d’acheter sur le marché à ce moment-là. Cela joue
donc le rôle d’une couverture physique (physical hedge) contre les fluctuations
des prix de gros. Ici, le hedging ne passe pas par un produit financier dérivé
(comme un contrat à terme ou une option), mais par une capacité technique de
stockage, qui agit comme une assurance contre les pics de prix.
PS 2 : une
réflexion esthétique saugrenue 😊
On peut
facilement imaginer que certains citoyens considèrent d’emblée les éoliennes
verticales hélicoïdales comme peu esthétiques et s’opposent à leur
installation. Pour ma part, je reconnais que je trouve les éoliennes
horizontales peu attrayantes. En revanche, il serait tout à fait envisageable
de conférer aux éoliennes verticales des designs artistiques. Elles pourraient
même devenir esthétiques si chaque modèle adoptait un design réussi et
original. Un quartier (ou un village) pourrait ainsi se transformer en
véritable “quartier artistique des éoliennes”.
Les apports
artistiques ne doivent évidemment pas compromettre l’efficacité ni réduire les
rendements. Mais une fois les contraintes techniques respectées, l’imagination
peut s’exprimer sans limites.
On pourrait, par
exemple, jouer sur des couleurs harmonisées avec l’environnement ou utiliser
des matériaux innovants, tels que des composites translucides ou des finitions
métalliques brossées ou mates, capables de capter la lumière sans éblouir. On
pourrait même se permettre le luxe de collaborer avec des artistes ou des
designers afin de créer des “séries limitées” qui transformeraient chaque
installation en pièce unique. Chaque quartier ou village pourrait ainsi adopter
un motif commun ou une thématique — nature, art moderne, motifs historiques,
etc.
Il existe
évidemment des principes à ne pas transgresser. Il faut conserver le profil
aérodynamique (cambrure/épaisseur) ainsi que la spirale d’origine. Le rapport
de surface (solidity) doit rester identique et la surface projetée doit
correspondre à celle prévue par le design d’ingénierie. Il convient également
de respecter la plage de fonctionnement prévue par le fabricant (souvent
comprise entre 2 et 4) pour le TSR (tip-speed ratio), c’est-à-dire le
rapport entre la vitesse en bout de pale et la vitesse du vent incident. Les
pales doivent présenter des finitions lisses afin de limiter les pertes par
frottement et de réduire le bruit. Les couleurs et graphismes appliqués sur les
pales doivent être réalisés avec une peinture fine et homogène. Si l’on s’oriente
dans cette direction, il est essentiel d’étudier soigneusement les aspects
techniques des éléments décoratifs utilisés.
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