Les autorisations (communales) en matière d’éoliennes domestiques
Comme il ressort d’autres articles de ce blog, l’éolienne domestique (verticale hélicoïdale) constitue un complément intéressant au photovoltaïque, évidemment lorsque le soleil ne brille pas, mais surtout durant les mois d’octobre à mars, période pendant laquelle les rendements du photovoltaïque sont relativement faibles.
J’avais donc
commencé à travailler sur ce projet. Pour différentes raisons, j’ai
naturellement entamé un dialogue avec certaines autorités communales.
Lorsque j’ai
lancé ce projet en décembre de l’année 2024, il n’existait aucun règlement, ni
au niveau national ni au niveau communal, interdisant une telle installation.
Dans ce cadre, j’avais analysé, à l’aide de l’IA, les règlements sur les
bâtisses ainsi que la partie écrite des PAG et des PAP de l’ensemble des
communes du Luxembourg.
Par la suite,
j’ai appris que l’absence d’une telle interdiction n’était pas surprenante,
puisqu’elle aurait pu être contraire à la directive européenne Directive
(EU) 2023/2413, qui concerne la promotion de l’énergie produite à partir de
sources renouvelables. Un extrait du texte (article 16 septies, intitulé «
Intérêt public majeur ») illustre le problème de mon éolienne domestique dans
un cadre plus général.
Au plus
tard le 21 février 2024, jusqu’à ce que la neutralité climatique soit atteinte,
les États membres veillent à ce que, dans le cadre de la procédure d’octroi de
permis, la planification, la construction et l’exploitation d’installations
d’énergie renouvelable, le raccordement de ces installations au réseau, le
réseau connexe proprement dit et les actifs de stockage soient présumés relever
de l’intérêt public majeur et de l’intérêt de la santé et de la sécurité
publiques
Je vais y revenir
en détail plus loin.
Pour être certain
de ne pas faire fausse route avec mon projet, j’ai discuté avec les instances
communales (commune de Fischbach), qui jusque-là ne s’étaient jamais penchées
sur cette question. Je leur ai ainsi, en quelque sorte, mis la puce à l’oreille
et, malheureusement, les autorités communales de Fischbach ont décidé, dans le
cadre du MoPo, de prévoir l’interdiction générales de l’installation
d’éoliennes dans le périmètre communal, sauf pour les BEP.
Le texte de la
modification de l’article concerné a été transmis au ministère de l’Intérieur
dans le cadre de la procédure MoPo. La partie écrite du PAP-QE de la
proposition de modification inclurait un nouvel article 12.5 relatif aux
éoliennes.
Le texte de la
modification proposé est le suivant :
ART. 12.5.
ÉOLIENNES
L’installation
d’éoliennes est autorisée uniquement en Quartier de bâtiments et d’équipements
publics [QE-BEP]. Les éoliennes sont interdites dans les autres zones à
l’intérieur du périmètre d’agglomération.
Mon projet
d’éolienne, envisagé comme source supplémentaire d’énergie renouvelable,
battait alors (et bat toujours) de l’aile, au point de risquer d’être anéanti.
J’ai donc
commencé à plaider mon dossier, à gauche et à droite, auprès de certains
ministères et d’autres acteurs du secteur. Pour faciliter les échanges, j’ai
créé un blog intitulé : Les éoliennes domestiques dans les communes dont
l’accès direct se fait par le lien ci-après.
(https://eoliennesdomestiquesfischbach.blogspot.com
).
Pour moi, le
dossier a connu un déblocage lors du panel du 6 mars 2026 consacré à «
l’électricité et aux déchets ». En effet, un représentant d’un ministère
présent m’a rendu attentif à ce fameux article de la directive mentionnée
précédemment qui, à mon avis, change tout.
L’argument majeur
peut être résumé comme suit (dans mon contexte particulier) :
Dans les procédures administratives et d’aménagement du territoire :
- les autorités doivent faciliter et accélérer les autorisations ;
- les autorités locales doivent motiver de manière solide un refus, et les motifs de refus sont plus limités ;
- les États doivent simplifier les permis et réduire les obstacles administratifs.
Les États membres
devaient transposer certaines dispositions dans leur droit national avant
juillet 2024.
Dans un tel cadre législatif, les communes ne sont pas souveraines. Une commune ne peut pas décider librement d’interdire une technologie si le droit supérieur (national ou européen) la protège. Il existe une hiérarchie des normes :
- droit européen
- Constitution
- lois nationales
- règlements grand-ducaux
- règlements communaux
Un règlement
communal peut être annulé s’il contredit un texte supérieur.
Ces principes ont
été intégrés progressivement dans la législation luxembourgeoise. L’argument
juridique, souvent utilisé contre les interdictions communales, peut se résumer
comme suit :
Niveau 1 :
droit européen — les
énergies renouvelables sont considérées comme relevant d’un intérêt public
supérieur.
Niveau 2 :
État — l’État doit
faciliter leur développement.
Niveau 3 :
commune — une commune ne
peut pas interdire totalement une technologie sans justification solide.
Si ces principes
ne sont pas respectés, le règlement peut être contesté pour disproportion.
Néanmoins, les communes peuvent agir dans une certaine mesure dans ce contexte, notamment au niveau de l’urbanisme. Dans la plupart des pays européens, y compris au Luxembourg, les communes contrôlent l’utilisation du sol via :
- le PAG (plan d’aménagement général)
- le PAP (plan d’aménagement particulier)
- règlements sur les bâtisses
Ces instruments permettent notamment de fixer :
- hauteur maximale des constructions
- distances aux habitations
- aspects paysagers
- nuisances sonores intégration dans le paysage
- distances de sécurité
- autres ?
Une éolienne,
même de petite taille, est juridiquement considérée comme une construction
technique. Elle nécessite donc généralement une autorisation de bâtir (permis
de construire) délivrée par la commune.
Toutefois, ce pouvoir des
autorités communales est limité par deux principes juridiques européens :
Principe 1 : proportionnalité — une restriction doit être justifiée,
proportionnée et non excessive.
Principe 2 : non-discrimination
technologique — une
commune ne peut pas interdire une technologie entière sans justification
objective.
Ainsi,
si une commune interdit toutes les éoliennes domestiques sans justification
précise, alors que les énergies renouvelables sont reconnues comme relevant
d’un intérêt public, une telle mesure pourrait être considérée comme
disproportionnée et contraire à l’esprit du droit européen.
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