Le coût humain très élevé du blackout en Espagne du 28 avril 2025
Le coût humain
très élevé du blackout en Espagne du 28 avril 2025
Par la rédaction
(18 février 2026)
Selon une
importante étude de santé publique publiée par la très respectée revue médicale
Eurosurveillance, le blackout espagnol du 28 avril dernier a provoqué pas moins
de 147 morts. Ces décès seraient liés essentiellement au fait que des personnes
malades ou blessées n’ont pas pu être secourues rapidement du fait des
problèmes de communication et de transport. Le blackout du 28 avril dans toute
la péninsule ibérique est lié au fait que ce jour là une part très élevée (70%)
de production électrique provenant des renouvelables intermittents, solaires et
éoliens, a fragilisé grandement le réseau électrique et n'a pas permis de
rétablir des déséquilibres de fréquence et de tension. Les renouvelables
intermittents ne sont pas capables, par nature, d’assurer l’équilibre des
réseaux du fait de leur manque d’inertie électromécanique. Une réalité
technique que le gouvernement espagnol refuse encore d’admettre aujourd’hui…
Il s’agit d’une
importante étude de santé publique publiée il y a quelques mois par la très respectée revue médicale
Eurosurveillance (peut
être ouvert par le link) et passée pourtant inaperçue. Elle analyse la
mortalité, en l’occurrence la surmortalité, survenue en Espagne en avril 2025 à
cause du blackout du 28 avril. Pour dissiper le moindre doute, l’étude a été
évaluée par des pairs, et est indexée par la National Library of Medicine américaine. Les quatre auteurs sont
affiliés à l’Institut de Santé Carlos III et au CIBERESP (Centre de recherche
biomédicale en réseau). Ils forment une équipe hautement qualifiée sur le sujet
précis de l’étude, la surveillance de la mortalité. Enfin, Eurosurveillance est
classé parmi les meilleures revues mondiales en épidémiologie.
La coupure de
courant est intervenue en milieu de journée, à 12 heures 33, à un moment où les renouvelables intermittents assuraient
70% de la production d’électricité du pays (solaire 60% et éolien 10%). Elle a duré
environ dix heures et a affecté 50 millions de personnes en Espagne et au
Portugal. Elle a eu pour impact de gravement perturber et d’interrompre les
communications, les transports et les services essentiels. Le courant a été
rétabli progressivement et n’a alimenté à nouveau l’ensemble de la péninsule
ibérique qu’aux premières heures du 29 avril.
Une anomalie
des statistiques de mortalité en Espagne
Les premiers
rapports des autorités civiles et des médias ont fait état de 7 à 10 morts liés
au blackout. Il s’agissait d’accidents directs résultant d’une intoxication au
monoxyde de carbone à la suite de l’utilisation inadéquate d’un générateur de
secours, d’un incendie provoqué par des bougies et de la défaillance d’un
équipement médical, un concentrateur d’oxygène, à domicile. Mais il ne
s’agissait que de la partie émergée de l’iceberg.
Selon l’étude
publiée par Eurosurveillance, il est en fait apparu dans les jours suivants une
anomalie dans la mortalité de l’Espagne. L’Institut de santé Carlos III
collecte les informations des 4.128 registres d’état civil informatisés
espagnols qui couvrent 94% de la population. Le système n’a pas détecté de pic
de mortalité pendant les 10 heures du blackout mais dans les 48 heures suivant
le rétablissement du courant. Sur une période cumulée de trois jours, du 28 au
30 avril, les statistiques montrent une surmortalité de 147 personnes, soit
4,2% de plus que ce qui était prévisible.
Effondrement
des télécommunications
Toujours selon
l’étude, le principal responsable n’est pas la coupure de courant en tant que
telle mais l’effondrement des communications qui en a résulté. Les réseaux
mobiles et les lignes fixes (VoIP) sont tombés en panne rendant les numéros
d’urgence inaccessibles. Les personnes victimes de crises cardiaques, d’AVC…
n’ont pas pu joindre les secours rapidement. Une partie d’entre elles qui
aurait pu survivre dans des conditions normales, ont succombé parce que leur
état s’était trop aggravé. Elles sont décédées dans les heures et les jours qui
ont suivi le blackout.
Deux autres
facteurs ont aussi contribué à la surmortalité. Il s’agit d’abord de la rupture
de la continuité de soins. C’est-à-dire à la fois les personnes dépendantes
d’équipements à domicile (oxygène, dialyse…) qui les ont perdu et les
transports sanitaires qui ont été paralysés dans des embouteillages monstres
résultant de la panne des feux de circulation. Enfin, il y a eu une
surmortalité liée à ce que les auteurs de l’étude appellent le piège vertical.
A savoir le fait que dans les grandes villes, notamment Madrid, des personnes
âgées et malades se sont retrouvées coincées dans leurs logements faute
d’ascenseurs. Cela s’est traduit par une surmortalité des personnes de plus de
85 ans du fait de déshydratations, oubli de prises de médicaments, stress…
Le problème de
sûreté des réseaux lié aux renouvelables intermittents
Ces conclusions
sont sans appel et devraient servir d’avertissement à ceux qui considèrent
comme anecdotique l’affaiblissement continu de la sûreté des réseaux
électriques liée à l’augmentation des niveaux de production des renouvelables
intermittents. A cela une raison incontestable, les panneaux solaires et les éoliennes ne
permettent pas de stabiliser les réseaux électriques en fréquence et en tension, contrairement
aux centrales hydrauliques, nucléaires et thermiques, du fait notamment de leur
absence d’inertie électromécanique. C’est ce que soulignent les experts depuis
des années et que refusent pourtant d’admettre certains gouvernements, des
organisations écologistes… et des producteurs de renouvelables intermittents.
Même Emmanuel Macron a repris à son compte cette analyse. Dans un
entretien publié le 10 février par le quotidien
espagnol El Pais, le président français a jugé « fallacieux » le débat sur
le manque d’interconnexions électriques entre la France et l’Espagne. Il a
affirmé que la fragilité du système électrique espagnol découle d’une
dépendance trop forte aux renouvelables.
Mais le chef de
l’Etat n’est pas à l’abri des contradictions… Le gouvernement Lecornu
vient de promulguer, la semaine dernière, par
décret la PPE3 (Programmation
pluriannuelle de l’énergie version 3) qui stipule des investissements massifs
dans les renouvelables intermittents qui ont par ailleurs une priorité sur les
réseaux. Dans un rapport sur les lourdes conséquences
pour le système électrique français de cette priorité donnée aux renouvelables intermittents, qui
contraint à réduire considérablement la production des centrales nucléaires,
hydrauliques et thermiques quand il y a du soleil et du vent, EDF pointe le
risque de connaître en France une situation à l’espagnole. Le gouvernement
Lecornu avait d’ailleurs empêché EDF de rendre public ce rapport avant de
promulguer la PPE3…
Mais la politique
de l’autruche n’efface pas les problèmes. Le 28 avril 2025, il s’en est fallu de peu que le système
électrique français et européen soient emportés avec le système espagnol. Les protections
automatiques ont fonctionné et les interconnexions entre les réseaux espagnol
et français ont été coupées. Mais pour illustrer le risque, la centrale
nucléaire française de Golfech est tombée et le pays basque a été privé de
courant un court instant. Et le 28 janvier dernier, l’Espagne a encore
échappé de peu à un nouveau blackout… Cette fois ce n’était pas la production solaire photovoltaïque trop
abondante qui était à l’origine de la mise en instabilité des réseaux, comme en
avril 2025, mais les parcs éoliens qui ont dû être arrêtés en urgence face à la
tempête Kristin.
Commentaires
Enregistrer un commentaire